Le « Pico y Placa » en Colombie est un système de circulation alternée qui limite l’usage des véhicules selon le numéro de plaque d’immatriculation. Mis en place initialement à Bogotá en 1998 pour décongestionner les heures de pointe, ce dispositif s’est étendu à de nombreuses villes colombiennes. Son principe est simple : certains jours et horaires, les voitures dont la plaque se termine par certains chiffres n’ont pas le droit de circuler, afin de réduire les embouteillages et la pollution en heures de pointe. Dans cet article, nous vous expliquons le cadre réglementaire de cette mesure, son fonctionnement dans les principales villes (Bogotá, Medellín, Cali, Cartagena…), ainsi que ses conséquences au quotidien pour les habitants et les voyageurs. Le ton est informatif mais léger – attachez votre ceinture, on y va !
Comment fonctionne le Pico y Placa ?
Le Pico y Placa (littéralement « heure de pointe et plaque ») repose sur l’alternance de circulation des véhicules privés en semaine. Concrètement, chaque jour ouvrable, seuls les véhicules dont la plaque d’immatriculation se termine par certains chiffres sont autorisés à rouler, les autres étant interdits de circulation sur les créneaux horaires définis. Les restrictions s’appliquent généralement du lundi au vendredi, de 6h du matin à environ 20h le soir, en couvrant les périodes de forte affluence. À noter : il n’y a pas de Pico y Placa les week-ends ni les jours fériés dans la plupart des villes (sauf dispositions ponctuelles spéciales).
Chaque municipalité définit ses propres règles par décret local, ce qui fait que les horaires exacts et les numéros de plaques concernés varient selon la ville. Par exemple, à Bogotá la mesure couvre toute la journée (6h–21h), tandis qu’à Cartagena elle ne s’applique qu’aux heures de pointe du matin et du soir. De même, certaines villes excluent les motos ou les taxis de la restriction, alors que d’autres les incluent. En somme, il faut toujours vérifier les règles spécifiques de la ville dans laquelle on circule.
Les grandes villes : Bogotá, Medellín, Cali, Cartagena…
Voyons comment le Pico y Placa est implémenté dans les principales métropoles colombiennes, celles où vous aurez probablement affaire à ces restrictions.
Bogotá : alternance pair/impair et « Pico y Placa Solidario »
Dans la capitale Bogotá (plus de 8 millions d’habitants), le Pico y Placa est strictement appliqué du lundi au vendredi de 6h à 21h. La règle actuelle (en vigueur en 2024–2025) suit un schéma pair/impair simple : les jours impairs, seuls circulent les véhicules dont la plaque se termine par 1, 2, 3, 4 ou 5 ; les jours pairs, ce sont les plaques finissant par 6, 7, 8, 9 ou 0 qui peuvent rouler. Autrement dit, une voiture a le droit de circuler un jour sur deux en semaine, selon le dernier chiffre de sa plaque. Cette mesure s’applique à tout le District de Bogotá, sauf exceptions (voir plus bas). Les week-ends et jours fériés, il n’y a pas de restriction, sauf dispositifs spéciaux lors de retours de grands week-ends (appelés “pico y placa regional” à l’entrée de la ville).
Pour atténuer l’impact sur les usagers, la mairie de Bogotá a mis en place le « Pico y Placa Solidario ». Il s’agit d’un permis spécial payant permettant de circuler sans restriction malgré le Pico y Placa. En échange d’une redevance, un automobiliste peut acheter une exemption valable pour une journée, un mois, un semestre, voire un an selon son besoin. Le tarif est modulé en fonction des caractéristiques du véhicule (gabarit, carburant, modèle), de sa contribution à la pollution et même de son lieu d’immatriculation (les véhicules immatriculés hors de Bogotá paient plus cher). Cette mesure dite “solidaire” vise à financer des projets de mobilité durable tout en offrant de la flexibilité aux conducteurs. À titre d’exemple, en 2022 le tarif de base à Bogotá était d’environ 51 700 pesos pour une journée (environ 11 €) ou 2 066 000 pesos pour six mois (environ 435 €) – ces montants étant révisés périodiquement. Les véhicules électriques ou hybrides bénéficient par ailleurs d’une exemption totale : ils peuvent rouler tous les jours une fois enregistrés, sans avoir à payer, afin d’encourager une flotte plus propre.
Enfin, Bogotá innove encore en 2026 en imposant désormais le Pico y Placa aux véhicules immatriculés hors de la ville deux samedis par mois (un samedi sur deux). Cette mesure, qui débute au premier semestre 2026, vise à réguler le trafic additionnel généré par les voitures venant d’autres régions le week-end. Les samedis concernés, de 6h à 21h, suivent le même schéma pair/impair que les autres jours. Bien entendu, le Pico y Placa Solidario s’étend aussi à ces samedis : il est possible de payer le permis pour être exempté même le week-end. La ville prévoit une phase pédagogique au début (sensibilisation sans amende) avant de verbaliser les contrevenants.
En somme, à Bogotá le Pico y Placa fait désormais partie du quotidien urbain. Il faut planifier ses trajets en fonction du calendrier de sa plaque, ou opter pour des alternatives (transports en commun, covoiturage, taxi) les jours de restriction – à moins de passer à l’électrique ou de mettre la main à la poche via le programme solidaire !
Medellín : rotation semestrielle et motos incluses
Medellín, deuxième ville du pays, applique aussi strictement le Pico y Placa, avec quelques spécificités. La mesure y est en vigueur du lundi au vendredi, de 5h à 20h (5h du matin à 8h du soir). À Medellín, deux numéros de plaques sont interdits de circulation chaque jour, et la combinaison de ces numéros change tous les semestres par rotation. Par exemple, pour le 1<sup>er</sup> semestre 2026, les lundis sont interdits aux plaques finissant par 1 et 7, les mardis aux plaques 0 et 3, mercredis 4 et 6, jeudis 5 et 9, et vendredis 2 et 8. Chaque nouveau semestre, la municipalité publie un décret avec la nouvelle rotation (généralement on décale ou change les paires). Une semaine de pédagogie précède l’application effective des amendes à chaque changement, pour laisser le temps aux conducteurs de s’adapter.
Notons qu’à Medellín le Pico y Placa concerne également les motos (motorcycles) : pour celles-ci, c’est le premier chiffre de la plaque qui détermine le jour d’interdiction. Par exemple, si la plaque moto est “8XX-12”, on regarde le premier chiffre 8. Ainsi, motos et voitures sont logées à la même enseigne des restrictions. En revanche, Medellín a défini plusieurs axes routiers exemptés de la mesure pour garantir la fluidité vers certains lieux stratégiques (par exemple les autoroutes urbaines, des axes menant à l’aéroport ou aux terminaux de transport). La liste des tronçons exemptés figure dans les communiqués officiels et permet aux véhicules soumis au Pico y Placa de les emprunter sans risquer de contravention.
À Medellín, les véhicules électriques, hybrides ou au gaz naturel sont dispensés de Pico y Placa, tout comme à Bogotá. Il n’existe pas encore de système équivalent au « pico y placa solidario » de Bogotá ; toutefois, la ville a envisagé une « tasa por congestión » (redevance anti-bouchons) similaire, sans l’avoir mise en œuvre à grande échelle pour l’instant. Les contrevenants au Pico y Placa à Medellín s’exposent à une amende d’environ 15 SLDV (salarios mínimos diarios legales vigentes) et à l’immobilisation du véhicule – autant dire que les contrôles sont pris au sérieux !
Cali : en semaine, sans motos ni taxis
Cali, la troisième plus grande ville du pays, applique elle aussi le Pico y Placa sur les véhicules particuliers. Le dispositif caleño fonctionne du lundi au vendredi de 6h à 19h environ (horaire pouvant légèrement varier selon décrets, par ex. 7h–20h). Deux numéros de plaques sont restreints chaque jour de la semaine, avec une rotation semestrielle similaire à Medellín (les paires tournent à chaque semestre). Par exemple, sur le premier semestre 2025 les lundis étaient interdits aux plaques finissant par 5 ou 6, les mardis 7 ou 8, … jusqu’aux vendredis 3 ou 4. Ensuite, la rotation a changé pour le semestre suivant (il n’est donc pas utile de mémoriser les chiffres : mieux vaut consulter l’annonce officielle à chaque changement de période).
Une particularité notable : à Cali, les taxis et les motocycles ne sont pas concernés par le Pico y Placa (du moins aux dernières nouvelles en 2025). La restriction vise uniquement les voitures particulières. Toutefois, les autorités locales se réservent la possibilité d’étendre la mesure aux motos si nécessaire. Comme dans d’autres villes, plusieurs catégories de véhicules bénéficient d’exemptions explicites : transports officiels, voitures d’urgence, véhicules électriques/hybrides, véhicules transportant des personnes handicapées, etc.. En 2023, Cali a également introduit une “tasa por congestión” (péage urbain) permettant aux conducteurs de payer pour circuler malgré le Pico y Placa, dont le montant est indexé sur le tarif du transport public. Ce système est en quelque sorte l’équivalent local du Pico y Placa Solidario de Bogotá, visant à financer les transports en commun. Enfin, le non-respect du Pico y Placa à Cali entraîne une amende d’environ 557 000 pesos (près de 110 €), là encore un coût dissuasif.
Cartagena : restrictions aux heures de pointe
Cartagena de Indias, ville touristique de la côte caraïbe, connaît des embouteillages parfois intenses dans son centre historique. La mairie y a instauré un Pico y Placa plus léger qu’ailleurs, ciblant uniquement les heures de pointe. D’après le décret en vigueur début 2025, la restriction s’applique par rotation de plaques du lundi au vendredi, mais seulement de 7h à 9h le matin et de 18h à 20h le soir. En dehors de ces créneaux, tout véhicule peut circuler librement. Les motos sont toutefois traitées différemment : à Cartagena, les motos doivent respecter une interdiction beaucoup plus large de 5h à 23h le jour qui leur est assigné (autant dire quasiment toute la journée). La rotation des numéros change par périodes (en 2025, les lundis interdisaient les plaques finissant par 7 ou 8, mardis 9 ou 0, etc.). Ces règles sont souvent ajustées chaque trimestre, par exemple en fonction des saisons touristiques ou des nouvelles mesures de la mairie.
Cartagena offre également régulièrement des “périodes blanches” sans Pico y Placa lors d’événements spéciaux (sommet international, carnaval, etc.) pour faciliter la mobilité. Les autorités locales encouragent vivement l’utilisation de modes alternatifs (vélos, transports publics) notamment dans le centre-ville où la capacité routière est limitée par l’étroitesse des rues coloniales. Pour les visiteurs et expatriés, il est recommandé de consulter le site de la mairie de Cartagena ou les communiqués officiels à jour, car la réglementation peut évoluer d’une année sur l’autre.
Et dans les autres villes colombiennes ?
Outre les quatre grandes villes ci-dessus, de nombreuses villes moyennes en Colombie ont adopté le Pico y Placa pour réguler leur trafic local. Les principes restent similaires (circulation alternée en semaine selon la plaque), mais avec des variantes locales importantes. Voici quelques cas notables :
- Bucaramanga (Santander) : applique le Pico y Placa du lundi au vendredi de 6h à 20h, et même le samedi matin. Par exemple, sur un trimestre 2025, les lundis y étaient interdits aux plaques 9 et 0, mardis 1 et 2, etc., et chaque samedi un couple de numéros était restreint entre 9h et 13h. Une rotation trimestrielle ajuste les numéros à chaque nouvelle période.
- Pereira (Risaralda) : en 2025, Pico y Placa du lundi au vendredi de 6h à 20h, sans restriction le week-end. La rotation semestrielle assignait par exemple les lundis aux plaques 0 et 1, mardis 2 et 3, … vendredis 8 et 9. Certaines grandes voies périurbaines sont exemptées pour favoriser la circulation de transit. Les taxis ont un calendrier distinct à Pereira, et les motos suivent le même calendrier que les voitures.
- Cúcuta (Norte de Santander) : a mis en place un système original avec différents horaires selon l’origine du véhicule. Les voitures immatriculées dans l’aire métropolitaine de Cúcuta sont interdites 3 fois par jour sur des petites plages horaires (7h30–8h30, 11h30–14h30, 17h30–19h30) lors de leur jour de Pico y Placa. En revanche, les véhicules venant de l’extérieur (plaques d’une autre région ou pays) sont carrément bannis de 7h à 20h en continu le jour de restriction. Ce dispositif hybride vise à réduire l’afflux externe tout en gérant finement le trafic local.
- Barranquilla (Atlántico) : la particularité est qu’ici le Pico y Placa ne concerne que les taxis ! Les voitures particulières ne subissent aucune restriction en temps normal dans la capitale de la côte caraïbe. La mesure pour les taxis fonctionne avec une rotation quotidienne (deux chiffres différents interdits chaque jour) pour éviter une « suroffre » de taxis circulant simultanément. Il est intéressant de noter que la mairie de Barranquilla a même suspendu le Pico y Placa des taxis en 2023 pour soutenir ce secteur économique – preuve que la mesure n’est pas irréversible et dépend des priorités locales du moment.
- Manizales (Caldas) : la ville a suspendu indéfiniment le Pico y Placa pour les véhicules particuliers depuis quelques années. Seuls les taxis y restent soumis à une rotation de plaques (gérée au niveau départemental). Manizales estime que son trafic actuel ne justifie plus de brider les voitures privées, décision facilitée par la topographie montagneuse qui limite de toute façon la congestion à certaines artères.
Parmi les autres villes moyennes qui pratiquent le Pico y Placa, on peut citer Armenia, Pasto, Ibagué, Tunja, Santa Marta, Popayán, Neiva… Chacune a son calendrier spécifique de rotation des numéros et ses horaires (par exemple, Santa Marta impose un créneau 7h–19h du lundi au vendredi, Ibagué a des pauses en milieu de journée, etc.). Il serait fastidieux de toutes les détailler ici, d’autant que ces réglementations changent fréquemment. Le mieux est de consulter directement les sources officielles de chaque ville (voir la section suivante) pour connaître les dernières règles en vigueur.
Conséquences au quotidien et conseils pratiques
Le Pico y Placa influence fortement la vie quotidienne des Colombiens, souvent avec une touche d’humour résigné. À Bogotá, on entend couramment des phrases comme « Hoy tengo pico y placa, no puedo sacar la voiture » – signe que chacun a intégré dans son planning hebdomadaire les jours avec ou sans voiture. Pour les actifs urbains, il faut s’organiser : nombre d’automobilistes prévoient de covoiturer ou de prendre les transports en commun les jours d’interdiction. D’autres investissent… dans une deuxième voiture avec une plaque finissant par un chiffre différent, afin d’alterner entre les deux véhicules selon le calendrier ! Cette astuce, quoique coûteuse, est relativement répandue dans les classes aisées de Bogotá – elle a cependant l’effet pervers d’augmenter le nombre total de voitures en circulation, ce qui à long terme annule une partie des bénéfices du Pico y Placa.
Au-delà de ces anecdotes, la mesure a des effets tangibles : aux heures de pointe, les villes voient environ 20% à 40% de véhicules en moins selon les estimations initiales, ce qui fluidifie le trafic à court terme et réduit la pollution atmosphérique. Cependant, l’efficacité tend à diminuer avec le temps en l’absence d’autres politiques de mobilité (par exemple, si les habitants achètent plus de véhicules ou déplacent simplement leurs trajets hors des horaires contraints, le bénéfice s’estompe). Certaines études locales pointent que le Pico y Placa n’a pas résolu durablement les embouteillages, et qu’il doit s’accompagner de mesures structurelles (meilleur transport public, télétravail, péage urbain) pour réellement améliorer la mobilité urbaine. Les débats reviennent régulièrement sur la scène politique, avec des ajustements constants : élargissement des horaires, extension aux samedis, exemptions pour véhicules non immatriculés localement, etc., comme on l’a vu récemment à Bogotá.
Conseils pour les voyageurs et expatriés : si vous comptez conduire en Colombie (y compris avec une voiture de location), informez-vous à l’avance sur le Pico y Placa de la ville où vous serez. Ne pas respecter ces restrictions peut coûter cher (amendes salées, immobilisation du véhicule) et gâcher votre séjour. Gardez à l’esprit que les agences de location ne vous garantissent pas une plaque “roulante” – vous aurez la plaque qui vous est attribuée au hasard, et si elle est interdite tel jour, c’est à vous de vous organiser. En cas d’infraction, c’est le conducteur locataire qui paie l’amende, pas l’agence. Donc anticipez : renseignez-vous sur les jours d’interdiction pour votre numéro de plaque et planifiez vos déplacements en conséquence (ou négociez un autre véhicule si possible). Des ressources en ligne comme le site PyP Hoy (Pico y Placa Hoy) agrègent les informations actualisées pour chaque ville et peuvent vous aider à vérifier rapidement “qui peut circuler aujourd’hui”. Enfin, profitez-en pour tester les transports locaux les jours sans voiture : le TransMilenio à Bogotá, le métro à Medellín ou le MIO à Cali sont des expériences en soi, sans le stress du volant 😉.
Liens officiels utiles (par ville)
Vous trouverez ci-dessous les liens vers les pages officielles ou les communiqués des mairies concernant le Pico y Placa dans différentes villes de Colombie. Ces ressources, maintenues à jour par les autorités locales, vous donneront les dernières informations officielles sur les horaires, calendriers et exceptions :
- Bogotá : Pico y Placa – Calendrier officiel (Secretaría de Movilidad Bogotá)
- Medellín : Nouveau Pico y Placa Medellín (communiqué municipal janvier 2026)
- Cali : Décret municipal sur le Pico y Placa Cali (exemple 2023)
- Cartagena : Décret Pico y Placa Cartagena (exemple 2023, PDF)
- Barranquilla : Calendrier Pico y Placa Taxis Barranquilla 2025 (boletín officiel)
- Bucaramanga : Réglementation Pico y Placa Bucaramanga (DTB)
- Pereira : Pico y Placa Pereira – décret local et infos (communiqué 2024)
- Manizales : Pico y Placa Manizales – info taxis (2025)
- Armenia : Pico y Placa Armenia – communiqué 2023
- Pasto : Pico y Placa Pasto – site officiel PyPHoy
- Santa Marta : Pico y Placa Santa Marta – décret 2025 et horaires
- Ibagué : Pico y Placa Ibagué – rotation 2026 (communiqué municipal)
(Consultez les sites officiels des alcaldías ou secretarías de movilidad de chaque ville pour des informations à jour. Liste non exhaustive – d’autres municipalités colombiennes appliquent le Pico y Placa.)




