Que faire après un accident de voiture en Colombie ? Conseils pratiques et assurances

Imaginez : vous circulez en Colombie et vous êtes impliqué dans un accident. En Colombie, le cadre légal et pratique diffère de celui de nombreux pays. Tous les véhicules doivent obligatoirement détenir le SOAT (Seguro Obligatorio de Accidentes de Tránsito), une assurance qui ne couvre que les dommages corporels aux personnes (blessures, frais médicaux, invalidité, décès, funérailles…). En revanche, les dégâts matériels au véhicule (votre propre voiture ou celle du tiers) ne sont jamais pris en charge par le SOAT. Autrement dit, ce n’est pas une « assurance au tiers » classique : si vous endommagez un véhicule, c’est à vous d’assumer les réparations. Pour protéger le véhicule, il faut souscrire une assurance complémentaire (risque tous-terrains ou tiers dommages). En cas de location de voiture, vérifiez si un « Collision Damage Waiver » ou assurance complémentaire est inclus, sinon vous paierez les réparations de votre poche.

Le nombre de conducteurs non assurés est par ailleurs très élevé en Colombie, surtout pour les motos. Près de la moitié des véhicules immatriculés n’ont pas de SOAT valide. Pour les motos (12,1 millions de motos enregistrées), seulement 37,5 % possèdent un SOAT à jour : plus de 62 % roulent sans couverture. Cette réalité est encore plus marquée dans certaines régions rurales (où les taux d’évasion peuvent atteindre 80–90 %). En pratique, cela signifie que si vous heurtez un conducteur mal assuré, vous risquerez de vous retrouver à devoir négocier directement entre vous le règlement du sinistre.

Avant tout : faites le point sur les blessures

En Colombie, la présence de blessés change tout. Si des personnes sont blessées (même légèrement), appelez immédiatement la ligne d’urgence 123 (ou 112) pour police et secours. La police de transit interviendra alors sur place pour sécuriser la scène, effectuer un croquis (informe IPAT) et relever les responsabilités. Ne déplacez pas les véhicules tant qu’une autorité ne l’a pas permis. Une fois la scène sécurisée, le SOAT de chaque véhicule prendra en charge les soins médicaux et indemnisations des blessés.

En cas d’accident sans blessé : gérer vous-même la situation

Si personne n’est blessé, la procédure est très différente : la police ne viendra généralement pas sur place. Au lieu de cela, c’est aux conducteurs de gérer la situation. Conformément à la loi (loi 2251 de 2022), voici les étapes à suivre :


  • Documentez immédiatement la scène. Prenez de nombreuses photos ou vidéos des véhicules impliqués, de leurs plaques d’immatriculation, des dommages et du contexte (marquages au sol, signalisation). Ces éléments serviront de preuves pour l’assureur ou une éventuelle conciliation.
  • Échangez toutes les informations. Recueillez auprès de l’autre conducteur son nom, son numéro de licence de conduite, les coordonnées du propriétaire du véhicule, et les détails d’assurance (nom de l’assureur, numéro de police, y compris le SOAT). Notez aussi les noms et téléphones de témoins éventuels. Vous pouvez rédiger ensemble un constat informal décrivant les faits et le partage éventuel des responsabilités.
  • Ne déplacez pas les véhicules si une personne est blessée. En l’absence de blessés et afin de libérer la circulation, la loi colombienne requiert au contraire que vous dégagez les véhicules accidentés vers le bas-côté. (Vous évitez ainsi une immobilisation du trafic ou une contravention C03 pour obstruction). Si vous déplacez les véhicules, faites-le uniquement après avoir pris toutes les preuves.
  • Rédigez un document écrit ou constat amiable. Même informel, ce document collectif protège vos droits. Signez-le sans admettre de faute excessive (décrivez simplement les faits). Ce n’est pas un procès-verbal officiel, mais il peut être utile pour l’assureur ou un conciliateur.
  • Effectuez une conciliation si possible. En Colombie, il est désormais prévu de régler les réparations par conciliation officielle lorsque seules des dégâts matériels sont en jeu. Concrètement, si vous êtes d’accord sur les responsabilités, chacun peut contacter son assureur qui enverra un conciliateur pour valider l’accord. Sinon, vous pouvez vous rendre dans un « centro de conciliación » autorisé : un accord écrit obtenu là-bas aura force exécutoire. Le législateur précise que « tous les dommages matériels causés à la suite d’un accident sont conciliables », c’est-à-dire que vous pouvez y faire inclure la réparation des véhicules.
  • Prévenez votre assureur. Contactez votre compagnie d’assurance (ou le gestionnaire du SOAT) rapidement : la loi vous donne 3 jours ouvrables pour déclarer un sinistre SOAT. Fournissez toutes les pièces (photos, constat, identité des conducteurs, etc.). Même si vous pensez régler l’affaire à l’amiable, informer l’assureur est important pour préserver vos droits.

En résumé, pour un simple « accident de tôles » sans blessés, vous devez essentiellement vous débrouiller entre conducteurs. Recueillez les preuves, échangez les infos, ajustez ou déplacez les véhicules pour dégager la circulation. La police de transit n’interviendra sur les lieux que pour un accident grave avec blessés, ou si vous vous opposez à déplacer les véhicules. Dans la pratique, on discute souvent immédiatement du montant des réparations. Parfois chacun paie sa quote-part, parfois le conducteur responsable s’acquitte de tout ou propose un arrangement financier. L’idéal est de passer par les assureurs ou un conciliateur pour officialiser ces accords.

Si l’autre conducteur n’a pas de SOAT

Si vous constatez que le conducteur mis en cause n’a pas de SOAT valide, la situation peut se compliquer. L’absence d’assurance est illégale (amende ~30 salaires-minimum et immobilisation possible), mais cela signifie surtout que vous ne pourrez pas compter sur un assureur pour recouvrer votre dommage matériel. En théorie, c’est le conducteur responsable qui doit payer les réparations. En pratique, on tente souvent un arrangement à l’amiable : par exemple, il accepte de régler une partie des réparations en espèces. Sachez toutefois que la loi prévoit la prise en charge des victimes par un fonds public (ADRES) si le responsable est non assuré – ce qui couvre les soins aux blessés, pas les dégâts aux véhicules. Si vous avez souscrit une assurance tous risques (via votre assurance ou le loueur), c’est elle qui prendra en charge vos réparations selon le contrat. Sinon, vous devrez probablement payer vous-même et tenter de vous retourner ultérieurement contre le fautif devant les tribunaux.

En pratique dans la vie quotidienne, la plupart des conducteurs étrangers évitent le conflit : ils règlent à l’amiable ou font intervenir directement leur assureur. La conciliation reste souvent l’issue la plus rapide et la moins coûteuse. En cas de doute (dommage important, blessé léger, contestation), n’hésitez pas à demander conseil à la Comisaría de Tránsito la plus proche ou à un cabinet d’avocats spécialisé en droit routier.

Conseils pratiques pour les étrangers

  • Gardez toujours votre SOAT et vos documents à portée de main. Vérifiez avant de prendre la route que le SOAT est valide, ainsi que la révision technique-mécanique. Faites circuler le numéro de votre assurance auprès de vos contacts d’urgence.
  • Pour les touristes louant un véhicule : renseignez-vous sur l’assurance incluse dans la location. Les loyers intègrent souvent une assurance collision (CDW) ou des extensions « tout risque ». Mais cette couverture est généralement offerte par l’assureur du loueur ou par votre carte bancaire, pas par le SOAT. Sachez qu’en cas d’accident, on vous demandera d’abord vos informations d’assurance locales.
  • En cas de doute, mieux vaut échanger et documenter. Même si vous êtes en tort, ne signez rien sans lire. Photographiez le lieu et rédigez un résumé des faits. Un simple accord écrit signé entre vous peut éviter bien des complications.
  • Respectez les délais légaux. Prévenez votre assureur dans les 3 jours – c’est souvent une condition de prise en charge.

En résumé, en Colombie l’assurance obligatoire (SOAT) ne couvre que les personnes blessées et non les véhicules. Après un accident sans blessures, la police n’intervient quasiment plus : les conducteurs doivent échanger eux-mêmes les informations et négocier la réparation des dégâts matériels. Un accord amiable ou une conciliation formelle est alors de rigueur. En cas de doute, documentez tout, informez votre assureur et cherchez à concilier (ou recourir à un conciliateur) pour éviter les tracas judiciaires ultérieurs.

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